sportsregions

Etre judoka


Publiée le

🥋 Être judoka : où commence et où s’arrête le Judo ?

« Je me suis mis au judo. »
« Je fais du judo. »
« Je suis judoka. »

Il arrive que certains arrêtent de pratiquer pendant longtemps, mais continuent pourtant à se dire judoka.

Alors, lorsque je retire mon kimono, suis-je toujours judoka, même si je ne pratique pas ?

Finalement, où commence et où s’arrête le Judo ?

Je développerai une partie de la réponse dans les bases du Judo, en détaillant deux dimensions essentielles : les éléments qui constituent le judoka et les trois grands principes du Judo.


🥋 Les éléments : SHIN – GI – TAÏ

En France et, plus largement, en Occident, on oppose souvent la nature et la culture, le corps et l’esprit.

Dans la culture du Bushidō et des Arts Martiaux, ces dimensions ne sont pas séparées. Les éléments qui constituent l’individu sont au contraire intimement liés et interdépendants.

C’est le Shin – Gi – Taï :

l’esprit – la technique – le corps.

🧠 SHIN

Le Shin, l’esprit, représente la dimension morale du judoka.

Il donne du sens aux deux autres éléments et les guide. Pour le judoka, c’est sa façon d’être avec lui-même, avec les autres et avec le monde qui l’entoure.

Le Shin ne se limite donc pas à ce qui se passe sur le tatami. Il se traduit dans les attitudes, les choix et la manière d’aborder les autres.

🥋 GI

Le Gi, la technique, ne doit pas être associé uniquement à la connaissance d’un panel plus ou moins important de techniques.

Il concerne davantage leur compréhension et leur exécution.

C’est la part artisanale que le judoka exprime dans son attitude et dans son rapport au travail. C’est sa façon d’agir, de chercher, d’expérimenter et d’évoluer dans le monde.

💪 TAÏ

Le Taï, le corps, représente la dimension physique du judoka.

Shin et Gi sont portés par la mise en jeu du corps et trouvent leur expression à travers lui.

Ces trois éléments sont à cultiver conjointement. Ils se nourrissent les uns des autres et participent à la construction d’un judoka complet.

Shin – Gi – Taï, c’est aussi ce qui donne du sens à la valeur d’un grade, d’une ceinture.

Concrètement, ne dit-on pas « être ceinture noire » ?

Alors, la prochaine fois qu’on te demandera quelle ceinture tu as, tu pourras peut-être simplement répondre :

« Je suis. »

Être, agir, cultiver son corps… Tout cela est une affaire du quotidien.

Pour être judoka, encore faut-il réfléchir à la Voie que l’on souhaite entreprendre.

Shin – Gi – Taï… Oui, mais pour quoi ?


🧭 Les principes du Judo

Au-delà d'une simple pratique, ou même d'un Art Martial, Jigorō Kanō a énoncé des principes qui constituent les bases de sa Voie d'éducation.

Il avait compris que l'une des façons les plus efficaces d'apprendre était de mettre les choses en pratique avec son corps.

D'où le Judo.

À nous maintenant de comprendre que tout est lié.

🌊 JU NO RI — « Non-résistance »

« Ju-Dō », communément traduit par « Voie de la souplesse », tire son nom du principe Ju No Ri, propre au Ju-Jitsu : le principe de souplesse et de non-résistance.

La non-résistance, c’est accepter la force de l’autre.

C’est entendre ce qu’il a à dire, comprendre son geste ou sa parole.

C’est plier plutôt que bloquer ou casser.

Faiblesse ?

Aucunement.

Car la non-résistance permet au contraire d’apporter une réponse adaptée.

Mon adversaire me pousse : j’ouvre et je tire. Il se déséquilibre.

Une technique, et il chute.

Cet état de non-résistance est directement lié à une approche que l'on retrouve notamment dans la culture Zen.


⚡ SEIRYOKU ZENYŌ — « Meilleure exploitation de l’énergie »

Si la souplesse permet d’utiliser la force de l’autre, autant poursuivre vers l’efficacité.

Souvent présenté comme un maître mot des Arts Martiaux, Seiryoku Zen'yō, que l'on peut traduire par « meilleure utilisation de l'énergie », devient une recherche permanente du pratiquant.

Dans les films, on voit souvent cette image du vieux sage qui expulse son élève d’une simple pichenette…

Sur les tatamis, la réalité est bien différente.

C’est une quête.

Celle de ce beau ippon, accompagné parfois de cette sensation incroyable :

« Je n’ai même pas forcé. »

Alors on cherche.

Déséquilibrer par-ci, tirer la manche par-là, placer son centre de gravité comme ceci…

Et finalement, enchaîner parce que ça bloque.

Les judokas dansent et la neige tombe.

En somme, ce principe nous apprend à rechercher une façon simple et efficace de réussir.

Et si ça bloque ?

C’est qu’il faut changer.

Et là encore, changer, c’est grandir.


🤝 JITA-YŪWA-KYŌEI — « Entraide et prospérité mutuelle »

Le projet de Kanō étant de créer une Voie d’éducation, un troisième principe devait nécessairement venir soutenir les deux premiers.

Car comment apprendre à être souple et efficace tout seul ?

L’entraide est nécessaire.

Entre le maître et l’élève.
Entre les élèves.
Entre les partenaires.

Depuis toujours, les êtres humains entrent en relation pour vivre, apprendre et s’organiser. Ils créent des villages, des pays, des civilisations…

Cette relation peut être fondée sur son propre intérêt :

J’utilise l’autre pour devenir plus fort.

Dans ce cas, il peut effectivement y avoir prospérité, mais au détriment de l’autre.

Elle peut aussi être fondée sur l’intérêt de l’autre :

J’agis pour aider mon partenaire à progresser.

Mon partenaire fait de même.

Nous progressons alors tous les deux.

La prospérité devient mutuelle.

Jita Kyōei (自他共栄) — « Entraide et prospérité mutuelle », ou encore « prospérité par sa propre force et la force de l’autre » — devient ainsi l’un des principes fondateurs du Judo comme Voie d’éducation.

Ce principe d’entraide commence dès la ceinture blanche et prend une place toujours plus importante au fil de la pratique.

Toute ceinture noire vous le dira :

elle n’a pas obtenu son grade toute seule.

Elle porte avec elle les efforts de ses professeurs, de ses partenaires, de ses camarades de club et de tous ceux qui l’ont accompagnée sur son chemin.

Et, à son tour, elle prend plaisir à leur rendre ce qu’elle a reçu.


🌱 Et au-delà du tatami ?

L’entraide et la prospérité mutuelle ne se limitent pas à la communauté des judokas.

Elles ont vocation à être transposées dans la vie de tous les jours.

C’est là toute la richesse du Judo comme Voie d’éducation : ce que l’on apprend sur le tatami peut nous accompagner en dehors du dojo.

Être judoka ne se résume donc peut-être pas à porter un kimono.

Le kimono s’enlève.

La ceinture se défait.

Le tatami reste derrière nous lorsque nous rentrons chez nous.

Mais Shin – Gi – Taï, la recherche d’efficacité et l’entraide peuvent continuer à nous accompagner.

Alors, peut-être que la question n’est finalement pas :

« Est-ce que je pratique encore le Judo ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce que le Judo a changé dans ma manière d’être, d’agir et d’être avec les autres ? »

Et peut-être est-ce là que commence véritablement la Voie du Judo.

 

Sources :

► http://www.ffjudo.com/nos-valeurs

► Emmanuel Charlot, Judo, principes et fondements (K.éditions, 2006, Paris)

Partager sur

Envie de participer ?